Anna Karénine, la passion dévorante sous la neige de Russie

un film de Joe WrightAnna Karénine

Avec Keira Knightley, Jude Law et Aaron Taylor-Johnson

Sortie en France le 5 décembre 2012

 

      Anna Karénine peint une fresque romantique de la Russie de la fin du XIXème siècle, à l’aube d’une guerre où des destins s’entremêlent autour d’intrigues amoureuses passionnées.

        Stiva (Matthew MacFadyen) a trompé sa femme Dolly (Kelly MacDonald); pour arranger la situation, il demande à sa sœur bien-aimée, Anna Karénine (Keira Knightley), de venir apaiser son épouse. C’est lors de l’arrivée du train reliant Saint-Petersbourg à Moscou que la belle jeune femme rencontre par hasard le Comte Vronsky (Aaron Taylor-Johnson), officier de l’armée russe. Leurs regards se croisent, un lien se créé pour le meilleur et pour le pire.

        Les deux jeunes gens vont devenir amants contre toutes les règles de l’aristocratie et le qu’en dira-t-on, mais cette situation ne pourra durer éternellement surtout lorsque le mari d’Anna (Jude Law) vient compliquer leur histoire aux commencements pourtant aux si prometteurs pourtant si prometteurs. Cette intrigue est doublée de la tendre histoire d’amour aux débuts timides de Constantine (un ami de Stiva – Domhnall Gleeson) et de la jeune et belle Kitty (belle-sœur du frère d’Anna – Alicia Vikander).

Léon Tolstoi a su animer les cœurs de ses personnages et faire sentir les troubles d’une âme amoureuse avec virtuosité à travers une Russie éclatante de luxe et propice aux grandes passions.

        Le film de Joe Wright est caractérisé par une mise en scène tout à fait particulière. Toute l’intrigue (ou presque) se déroule au sein d’un large théâtre baroque. Les scènes se déroulent au rythme d’une succession de tableaux plus ou moins sensible. Bien que les débuts soient un peu difficiles – le spectateur est baladé d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre en l’espace de quelques instants – cette esthétique se prête bien à l’intrigue conçue comme une tragédie classique et permet de renouveler cette fresque désormais rendue classique par l’adaptation de Bernard Rose avec Sophie Marceau et Sean Bean en 1997.

        Ce choix de mise en scène est particulièrement judicieux et fonctionne presque toujours. Joe Wright a tout de même réussi à montrer une course de chevaux rapide et pleine d’énergie sur la scène d’un théâtre à l’italienne, ce qui est en soi remarquable.

        Les effets d’ensemble dans le mouvement des figurants rendent les scène très fluides et on retrouve l’ambiance d’une pièce de théâtre. Par exemple lorsque les cavaliers traversent la scène à toute allure lors de la fameuse course où l’austère Karénine va avoir la confirmation publique de ses soupçons de trahison, toutes les têtes se tournent d’un seul et même mouvement d’un côté à l’autre de l’écran-scène. Ce mouvement m’en a d’ailleurs rappelé un autre : les spectateurs de la course de chevaux de My Fair Lady (sorti en salle en 1964, dirigé par George Cukor avec Audrey Hepburn) font exactement le même mouvement. Si l’on se rappelle que ce film était tourné sur le mode de la comédie musicale, l’analogie n’est pas innocente.

        En revanche, il apparaît que les personnages manquent parfois de profondeur. Les deux amants vivent une passion plus charnelle que sentimentale. Le Comte Vronsky avait séduit la jeune Kitty, innocente jeune femme au sommet de sa beauté, mais en un regard, il l’oublie totalement au profit de la mystérieuse Anna. L’histoire d’amour entre les deux personnages principaux semble alors reposer sur des bases bien faibles. La jeune femme mariée cède bien rapidement après avoir montré une résistance plutôt farouche. Ils expriment un peu trop souvent leur désir l’un pour l’autre pour que l’on voit une réelle passion et non un attachement charnel dans leur relation.

        Cette petite faiblesse du film est contre-balancée par le personnage de Karénine, planté par un Jude Law exceptionnel. C’est un homme droit, croyant et fidèle à ses principes. Il garde son sang-froid en toutes circonstances même les plus embarrassantes. Il a un véritable caractère qu’on l’on identifie dès les premières scènes et qui en font un personnage terriblement attachant avec lequel on compatit. On peut dire, en suivant Anna, que c’est un saint dans le meilleur sens du terme.

        Les personnages secondaires ont aussi toute leur importance puisqu’ils servent de contraste à l’histoire principale. Constantine et Kitty s’aiment tendrement et avec raison, Anna fait la morale à Dolly pour qu’elle pardonne l’infidélité de son mari au tout début du film, Karénine est très froid et réservé comparé à Anna et Vronsky… On retrouve ici les ficelles des grandes tragédies.

        Mais ce qui fait réellement la valeur et l’intérêt du film, ce sont les tableaux qui ponctuent les moments forts de l’intrigue et lui donnent toute sa poésie. La scène d’exposition est un véritable ballet, les mouvements s’enchainent parfaitement les uns avec les autres et les personnages figurants forment une sorte de choeur mu par une seule et même énergie. Ce ne sont pas les personnages qui changent de lieu mais bel et bien les décors qui se déplacent pour former un nouveau tableau. L’ensemble est d’une fluidité saisissante et très agréable si l’on oublie qu’il faut suivre un tant soit peu les dialogues pour saisir les informations essentielles à l’intrigue.

        Le premier bal est lui aussi un régal pour les yeux. Chaque mouvement se met en marche à un moment précis. La scène est uniquement occupée par des meubles, Constantine et Kitty y prennent place puis les invités arrivent et enfin le bal commence après un arrêt sur image pour admirer les positions invraisemblables des couples. La chorégraphie de la valse est tout aussi remarquable et participe à la poésie et au glamour de la scène. Les costumes d’inspiration dix-neuvième mais revus au goût du XXIème sont chatoyants et mettent parfaitement en valeur les acteurs. Notons que la jeune Kitty porte une robe blanche alors que sa rivale, Anna, est toute de noir vêtue, exactement comme dans la version de 1997.

Orgueil et préjugés        Le moment où Constantine aperçoit sa bien-aimée, Kitty, quelques temps plus tard traversant la campagne en carrosse dans le jour naissant est un vrai morceau de poésie. Le jeune homme se tient debout en contre-jour sur une meule de foin. Cette image n’est pas sans rappeler l’apparition très romantique de Darcy dans la campagne anglaise à la toute fin d’Orgueil et Préjugé (sorti en 2006, avec Keira Knightley et Matthew MacFayden), autre chef-d’oeuvre de Joe Wright.

        Dans l’ensemble c’est un film agréable à regarder, soutenu par une intrigue créée par l’un des plus grands romanciers russes du XIXème siècle, Léon Tolstoï. La mise en scène est dynamique et rafraichissante même si les personnages manquent parfois de corps. Je le conseille à tous les amateurs de grandes tragédies et d’ambiance fin de siècle encore glorieuse. 

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