Fashioning Fashion, et si la mode était aux corsets et grands paniers

Robe : Angleterre, vers 1885
Cannelé façonné, satin de soie
Chapeau: Paris, vers 1885
Paille, velours de soie
Don de Mrs Edwin

Musée des Arts Décoratifs

13 décembre 2012

        « Se vêtir, s’habiller, se parer étonner, séduire, éblouir : que de chemin parcouru depuis les peaux de bêtes. » (Hélène David-Weill, présidente des Arts Décoratifs – Préface) En effet, Fashioning Fashion tend à prouver qu’il y a eu une certaine évolution dans l’habillement notamment entre 1700 et 1915.

        L’exposition présente une récente acquisition du LACMA (Los Angeles County Museum of Art), la collection Kamer-Ruf, acquise au fil des ventes aux enchères par deux anciens acteurs principaux de secteur du vêtement historique : le londonien Martin Kamer et le suisse Wolfgang Ruf. Les pièces présentées sont d’une grande qualité aussi bien en termes de conservation que pour leur place au sein de l’histoire du costume. Il faut bien le dire, il s’agit d’une collection magnifique.

        Le parcours est chronologique, il retrace l’histoire du costume aussi bien masculin que féminin ce qui est assez rare. On peut alors apprécier et comparer la richesse des habits masculins de la première moitié du XVIIIème siècle qui rivalisaient de coquetterie avec les larges robes à paniers des dames de qualité. Au fil du temps, la mode anglaise a largement influencé les habits d’homme dont les culottes sont descendues jusqu’aux chevilles pour devenir des pantalons, les vestes ont raccourci et les satins et riches broderies ont laissé la place à des sergés de laines unis de couleur sombres. Le vestiaire masculin ne brillait plus par ses ornements mais par ses coupes parfaitement adaptées à la silhouette des hommes.

Robe : Europe, vers 1725
Taffetas changeant
Pièce d’estomac : Angleterre, vers 1735
Satin de soie, broderies soie et métal,
passementerie métallique, cordonnet

        En plus de ce mouvement général qui a parcouru deux siècles de mode, on peut admirer la qualité des textiles, broderies, parements et autres colifichets qui agrémentent ces costumes. L’exposition présente aussi des accessoires comme des chaussures, des éventails et des chapeaux qui donnent une idée plus large du paysage vestimentaire en vogue à cette époque.

        Il ne faut pas oublier non plus l’afflux déterminant de textiles asiatiques notamment indiens comme le cachemire et les motifs exotiques qui les agrémentaient et qui ont été très appréciés et reproduits en Europe dans les industries textiles françaises et anglaises principalement.

        Comme c’est toujours le cas pour les expositions du Musée de la Mode et du Textile, la scénographie met réellement les vêtements en valeur. Les pièces principales comme la robe de satin noir et brodée d’or ayant appartenu à la reine Maria II du Portugal sont placée sous une cloche de verre qui permet au visiteur de les contempler sous tous les angles. C’est une des grandes qualités de la présentation.

        Les autres pièces sont aussi sous vitrines assez aérées pourvues parfois de miroirs qui permettent de découvrir la silhouette arrière des robes et habits, qui donne une toute autre dimension à certaines robes : un volume que l’on ne soupçonnerait pas de face.

        Autre bon point, les panneaux explicatifs qui sont assez complets sans être trop copieux. A chaque nouveau mouvement, correspond une explication sur le choix de ce groupement de vêtements et ses tenants et aboutissants formels et contextuels. Chaque vitrine comporte aussi des descriptions précises des pièces présentées en séparant, quand c’est possible, la provenance du tissus et l’époque de confection du vêtement ce qui permet de comprendre les liens étroits entre les pays d’Europe mais aussi avec les Indes.

        Ces cartels pour le moins complets sont doublés de petits écrans portant sur un thème spécifique comme la confection des broderies, la provenance du cachemire, des gravures de modes représentant des robes proches de celles présentées… Cela permet d’avoir des précisions sur des thèmes parfois techniques et complexes.

 

Robe et trainePortugal, vers 1845 Corps: satin de soie, broderie de fil métallique, tulle de soieJupe et traine: satin de soie, broderie de fil métallique
Robe et traine
Portugal, vers 1845
Corps : satin de soie, broderie de fil métallique, tulle de soie
Jupe et traine : satin de soie, broderie de fil métallique

      D’autre part, le catalogue de l’exposition est certes cher (55euros) mais foisonnant. Il apparaît comme un réel complément à l’exposition et pas comme un simple récapitulatif. Il s’organise autour de cinq thèmes : Fashioning Fashion : faire et refaire la mode européenne, Au fil du temps, Textiles, Coupe et couture, Ornements et colifichets. Chaque partie présente un aspect majeur des pièces proposées et permet de découvrir une évolution parallèle à la progression chronologique. On y apprend notamment les diverses influences qui ont fait avancer la mode, les différentes techniques de tissages… Les illustrations sont de grande qualité et permettent de voir au plus près certains détails de motifs ou de matière qui auraient échappé au visiteur.

        En revanche l’exposition est relativement sombre ce qui ne permet pas d’apprécier complètement les coloris des textiles et demande un effort particulier de concentration pour lire les panneaux explicatifs. Par ailleurs le parcours de l’exposition n’est pas guidé ce qui pose certains problèmes de progression. Le visiteur vogue de vitrine en vitrine au gré de ses envies ce qui pourrait amener à des omissions malheureuses de certains groupes de pièces présentées dans un renfoncement. Il faut tout de même noter la mise en scène de quelques pièces dans l’escalier qui relie les deux étages de l’exposition et qui fait beaucoup d’effet lorsqu’on s’approche des pièces.

        En bref Fashioning Fashion est une très belle exposition qui n’est pas novatrice en la matière mais à l’intérêt (et non des moindres) de présenter une grande et diverse collection d’habits masculins. Les explications sont intéressantes et judicieusement dispersées tout au long du parcours. Le catalogue d’exposition est un apport non négligeable dans la compréhension des mouvements qui ont secoué la mode européenne durant deux siècles.

Belle collection à découvrir au Musée des Arts Décoratifs jusqu’au 14 avril 2013.

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