Quand les peintres se font les porte-parole de la modernité et de sa sensibilité nouvelle cela donne Les impressionnistes et la mode

Robe habilléevers 1877, collection Gilles Labrosse
Robe habillée
vers 1877, collection Gilles Labrosse

Musée d’Orsay

17 janvier 2013

        Cette exposition du musée d’Orsay retrace la mode masculine et féminine du XIXème siècle à partir de ce qu’en ont ressenti les peintres impressionnistes. C’est pourquoi les vêtements sont mis en regard avec les peintures ou gravures de mode qui s’en rapprochaient le plus. Il y a une communication entre les deux univers indissociables pour la période qui nous intéresse.

        Bien sûr les impressionnistes ont cherché à aller plus loin que la « simple » représentation de ce qu’ils voyaient en donnant leurs ressentis sur le monde qui les entourait. Dans le cadre de cette exposition, on découvre un autre aspect tout aussi important de leur production qui est la mise en scène de la modernité en évitant le convenu de la scène de genre. N’oublions pas que le XIXème siècle est celui des changements, les chemins de fer réduisent les distances, le baron Haussmann change le visage de Paris en perçant de larges boulevards et en construisant de nouveaux quartiers, la médecine fait des progrès et l’industrie textile gagne en productivité et en diversité… Ces peintres vivaient avec leur temps et nous pouvons apprécier leur singulière vision du monde à travers cette très belle exposition.

        La scénographie occupe une place très importante. La première impression que l’on a en pénétrant dans cet espace est la singularité de la mise en scène. A gauche, après un panneau explicatif intéressant, une très longue vitrine expose des gravures et des accessoires de mode. En face, se trouve une autre vitrine où l’on peut admirer en trois dimensions plusieurs types de robes qui nous donnent un aperçu de ce qu’on va découvrir tout au long de notre visite. On apprend que les dessinateurs industriels prennent une nouvelle fonction et deviennent l’équivalent de nos stylistes actuels, ils proposent des modèles commercialisés par la suite. Le XIXè voit aussi naitre les grands magasins qui proposent des robes élégantes demi-confectionnées, c’est-à-dire déjà mises en forme mais à ajuster sur la silhouette de la cliente.

        Cette première allée se termine avec le portrait d’Albert Bartholomé, Dans la Serre (vers 1881), représentant sa femme Prospérie, portant une magnifique robe d’après-midi blanche et mauve présentée en regard du tableau. 

Albert Bartholomé, Dans la serre, vers 1881, huile sur toile, 233 x 142 cm, Musée d’Orsay

Non seulement le tableau est très beau par sa finesse, la douceur des traits du modèle, la lumière diffuse qui berce la composition mais ce qui est vraiment inédit, c’est de voir le véritable vêtement à côté. C’est très émouvant de voir la poétique de la peinture s’incarner dans cette robe. L’histoire dit que le peintre a conservé religieusement cette toilette depuis le portrait de sa femme avant d’en faire don à un musée. On trouve dans cette association robe / tableau le fil rouge de l’exposition ; le ton est donné.

On pénètre ensuite dans une salle tendue de toile rouge du sol au plafond. Le long de chaque mur, on découvre des chaises dorées Napoléon III tapissées de velours et comportant des étiquettes rédigées à la plume sur lesquelles on peut découvrir les noms de personnalités célèbres du XIXème siècle comme Sophie Arnould, la célèbre cantatrice, les frères Goncourt, auteurs et critiques littéraires… On peut admirer Le Balcon de Manet (1769) où la première place est laissée aux vêtements assez divers. La jeune femme du premier plan porte une robe d’intérieur tandis que la femme de droite (Berthe Morisot) s’apprête à sortir en robe d’après-midi.

        Ce type de scénographie est reproduite dans chaque pièce. Le thème illustré par les vêtements et les tableaux se retrouvent parfaitement dans l’ambiance de la salle, celle-ci sert d’écrin et on est aussi charmé par les pièces présentées que par le cadre qui nous entoure. On a l’impression d’évoluer d’univers en univers. On peut ainsi découvrir une pièce gris-bleuté, où l’on perçoit une douce musique de chambre, qui présente les femmes dans leur intérieur. Les mousselines vaporeuses des élégantes se superposent aux soies délicates qui mettent en valeur la blancheur des chairs et que les peintres décrivent avec un plaisir non dissimulé

        Nous voilà dans une salle d’opéra où les longues traines, les perles et les dentelles font sensation. Vient ensuite la mode masculine qui présente des habits certes sombres et austères au premier abord mais dont les peintres nous font apprécier les qualités et l’élégance. Ernest Chesneau rétorque à ceux qui critique ce costume : « […] il n’y a pas de couleurs dans la nature, il n’y a que de la lumière. Qu’un grand peintre, un lumiériste (si j’ose formuler ce mot barbare) ose hardiment la vie moderne, et s’il est vraiment peintre, s’il ne se moque pas de son sujet, s’il a de l’audace et un peu de génie, il fera un chef-d’oeuvre avec nos habits noirs, nos paletots […] » (Les impressionnistes et la mode, Skira, p33).

        On découvre par la suite les accessoires de mode, la lingerie… Mais le clou de l’exposition est tout de même la dernière salle qui n’est rien de moins qu’un jardin reconstitué avec bancs, herbe synthétique et petits gazouillis d’oiseaux. Il fallait bien au moins cela pour présenter le Déjeuner sur l’herbe (1765-1766) et Femmes au jardin (vers 1866) de Monet. Les explications sont assez succinctes quant à ces deux tableaux essentiels mais on peut aussi en admirer d’autres sur la vie en plein air de la bourgeoisie. Les robes s’épanouissent sur de larges tournures et les couleurs sont claires pour capter la lumière. Lumière qui est captée par « taches », elles qui ont tant défrayé la chronique se voient ici en parfaite adéquation avec leur environnement.

        Pour tout dire, c’est une très belle exposition, bien pensée, bien mise en scène et les œuvres, tout autant que les vêtements présentés, sont de qualités et pertinentes pour chaque thème. On a l’impression de saisir un peu mieux les enjeux esthétiques et artistiques qui dynamisaient la vie parisienne des impressionnistes.

        Le seul bémol pourrait être la trop grande importance prise par la scénographie parfois au dépend des tableaux présentés. On s’émerveille tellement de la mise en scène, que les toiles deviennent presque décoratives dans un si agréable environnement. Les tableaux sont toujours intéressants sur un fond noir avec un large espace autour…

        Malheureusement cette exposition a fermé ces portes dimanche 20 janvier, un beau morceau d’histoire de l’art s’y est écrit ces quatre derniers mois au musée d’Orsay. 

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s