Si l’amour ne tenait qu’à un baiser – Psyché ranimée par le baiser de l’Amour, Canova

Antonio CANOVA (1757-1822), Psyché ranimée par le baiser d’Amour, 1787-1793, Marbre, Louvre

        Cette œuvre est une sculpture de marbre blanc subtilement taillé par Antonio Canova entre 1787 et 1793. Elle représente deux amants en pleine étreinte. Le jeune homme est ailé et porte un carquois tandis que la jeune fille, dénuée, est complètement abandonnée dans les bras de son bien-aimé. Ils se trouvent sur un socle ovale recouvert d’un drapé léger. L’oeuvre comporte une grosse poignée en fer forgé forgée sur le côté droit pour pouvoir déplacer la statue et ainsi en apprécier tous les angles de vue.

        Cette sculpture est tout simplement magnifique. Non seulement à cause de sa qualité particulièrement élevée mais aussi grâce à son emplacement stratégique : devant une fenêtre. Le jour où je me suis rendue au Louvre j’ai eu la chance de voir l’oeuvre baignée par une douce lumière blanche. On aurait dit qu’Amour était sur le point de s’envoler tant ses ailes étaient lumineuses. On peut d’ailleurs remarquer la finesse de la sculpture qui laisse passer la lumière à travers les plus fines parties de la pierre.  

      L’oeuvre de Canova n’est pas tout à fait fidèle au texte original puisque Psyché n’est pas ranimée par une flèche mais par un baiser. En revanche, cette petite entorse met en avant la sensualité qui unit les deux amants. Ce groupe statuaire montre la tendresse qui lie les deux jeunes gens: leurs corps sont entrelacés et penchés l’un vers l’autre, leurs bras s’entrecroisent et leurs lèvres tendent à se réunir.

        Les deux personnages sont dans des attitudes néanmoins très différentes, Amour est dans une position plutôt rigide : les jambes raides, les ailes dressées. Il semble prêt à s’envoler à moins qu’il ne se soit pas encore réellement posé sur le sol mortel. Quant à Psyché, elle est en position de total abandon. On peut supposer qu’elle était auparavant allongée sur le sol et que la venue de son bien-aimé lui a fait soulever le haut de son corps. Elle se trouve alors dans une position assez inconfortable mais qui donne un mouvement de verticalité, d’ascension, à l’oeuvre et lui confère son dynamisme. La composition pyramidale de l’oeuvre renforce le sentiment d’élévation.

         En effet, cette scène a beau être une représentation d’étreinte elle n’est pas du tout statique. Les personnages sont pris dans un mouvement de réunion, l’un descendant du ciel, l’autre s’élevant depuis la terre. Cette tension est d’ailleurs assez symbolique : il s’agit de la réunion d’un Dieu et d’une mortelle. Chacun des corps se trouve orienté dans un sens différent. Les jambes de Psyché se prolongent vers la droite et invitent au regard tandis que la partie inférieure du corps d’Amour se trouve plus en retrait et dirigée vers la gauche.

Mais ces différences sont annulée par l’enlacement des bustes. Les deux personnages sont pris dans un mouvement tournoyant qui prend appui sur la jambe fléchie d’Amour (derrière le buste de Psyché) et se poursuit dans le mouvement d’enlacement des bras. Canova semble avoir fait de nombreuses recherches avant d’élaborer cette très savante composition, dont l’origine est une peinture romaine découverte à Herculanum, que le sculpteur visita lors de son séjour à Naples, en 1787.

        Notons la sensibilité que l’on trouve dans la position des mains des personnages : elles sont réalisée avec beaucoup de finesse et d’exactitude, de même que les pieds. Ce genre de détails confère à l’oeuvre une part de sa puissance expressive. Les chevelures sont elles aussi réalisée avec beaucoup de minutie. Celle d’Amour est constituée de boucles bien ordonnées selon la tradition mythologique alors que Psyché porte de longs cheveux dénoués qui tombent lourdement dans son dos et renforce le sentiment d’abandon que donne la position renversée de sa tête. Cette grande sensibilité vient du traitement particulier des différentes parties du marbre. Par exemple, le rocher est taillé grossièrement pour donner une impression de rudesse tandis que le vase, derrière les jambes des amants a une facture très lisse, polie. L’artiste joue sur les contrastes de textures.

        Il s’agit d’une vision complètement idéalisée de la femme. Canova représente un personnage mythologique dont la beauté a provoqué la jalousie d’Aphrodite elle-même. Il ne pouvait donc pas représenter une femme comme on pouvait en rencontrer à son époque. La belle Psyché a des formes parfaites, ni trop abondantes ni trop étroites. Elle a des proportions idéales selon les critères de beauté antiques : de longues jambes et une taille souple, de longues mains et des pieds menus. Les traits de son visage sont fins, délicats, harmonieux et sa chevelure semble si soyeuse qu’on aurait envie de glisser ses doigts à l’intérieur. En résumé, c’est une incarnation de la Beauté que le peintre nous donne à voir. Cette femme est irréelle et c’est pour cela qu’elle peut se montrer si abandonnée et si impudique.

Antonio CANOVA (1757-1822), Pauline Borghèse en Vénus Victrix, 1804-1808, marbre, Galerie Borghèse, Rome

        On peut rapprocher cette œuvre d’une autre statue que Canova a réalisée et qui se trouve au Palais Boghèse de Rome : Pauline Borghèse en Vénus victrix (1804-08). C’est une très belle femme, sœur de Napoléon Bonaparte, qui pose à demi-nue sur un sofa. Elle se trouve dans une attitude de détente, appuyée de son coude sur une pile de coussins. Cette position donne à son corps un effet de torsion qui met sa taille en valeur.

Elle est dans une attitude de grande franchise ; elle regarde le spectateur de toute la hauteur de sa beauté et ne semble pas le moins du monde être gênée par sa nudité. Ce genre d’attitude diffère énormément de celle de Psyché. La jeune femme est nue et donne son corps à voir tandis que Psyché n’a d’yeux que pour son bel amant. L’essence même de la scène représentée réside dans cette attente de son époux. C’est ce qui  rend l’oeuvre si dynamique. Alors que Pauline / Vénus est statique et que son attitude semble tout à fait étudiée. Le spectateur ne la surprend pas en pleine passion mais admire la beauté de ses charmes sous l’oeil complice de la belle jeune femme.

        Les deux statues s’opposent par cet aspect : le traitement accordé à chacune des jeunes femmes est assez différent dans les attitudes mais on retrouve la marque unique du sculpteur dans la finesse du ciseaux et le soucis du détail. Les deux œuvres allient la grâce de la statuaire hellénistique à un souci nouveau de la simplicité des plans et de la pureté des profils. 

        La très belle histoire des deux amants trouve son origine mythologique dans le premier roman romain : Les Métamorphoses ou l’Ane d’or d’Apulée (IIème siècle après J-C). L’auteur nous fait part de l’histoire suivante :

        Psyché, fille de roi, était d’une beauté si incroyable que les mortels lui rendaient un culte. Malgré la foule qui venait lui rendre hommage, la jeune fille ne trouvait pas de mari contrairement à ses deux sœurs. La trop grande beauté de Psyché rendit Vénus jalouse. Pour se venger de cette simple mortelle, elle envoie son fils Amour pour la faire tomber amoureuse du plus méprisable des mortels. Mais tout en voulant accomplir sa mission, le fils de la déesse se blessa avec l’une de ses flèches et tomba lui-même éperdument amoureux de la jeune fille.

        Le père de Psyché se désespérait de ne pouvoir marier sa fille. Il alla alors consulter la Pythie à Delphes. Celle-ci lui affirma qu’il devait abandonner sa fille sur un rocher et que son époux viendrait l’y chercher. Résigné, le roi s’exécute. La pauvre jeune fille fut alors recueillie depuis son rocher par le doux vent de l’ouest, Zéphyr. Il la déposa dans une plaine verdoyante non loin d’un somptueux palais. Elle y pénétra et y trouva un savoureux festin. Après ce bon repas, elle s’endormit dans une chambre magnifique.

        C’est alors que son époux, Amour vint la rejoindre. Les deux amants s’étreignirent tendrement. La jeune fille s’épanoui dans le bonheur mais à une condition : Psyché ne doit jamais chercher à découvrir l’identité de son mari sinon elle le perdrait à tout jamais. Ils ne se rencontraient qu’à l’abri de l’obscurité nocturne.

        La jeune fille souhaitait faire partager son bonheur à ses deux sœur. Le vent Zéphyr déposa les deux jeunes filles dans le palais mais celles-ci, jalouses de la félicité de leur sœur lui firent croire que si son mari l’empêchait de connaître son visage et son nom, c’est parce qu’il était un terrible monstre qui allait la dévorer. Effrayé par ces fausses révélations, la nuit suivante, la jeune et innocente Psyché alluma une lampe à huile pendant le sommeil de son amant. Elle découvrit alors avec ravissement le plus belle être qu’elle n’ait jamais vu. Mais dans sa contemplation ébahie, elle laissa couler une goutte d’huile sur l’épaule du bel Amour. Celui-ci se réveilla et s’enfuit précipitamment blessé par la trahison.

        Désespérée, la jeune fille se jeta dans une rivière mais celle-ci la déposa sur la berge près du Dieu Pan. Il lui conseilla de tout mettre en œuvre pour reconquérir le cœur d’Amour. La jeune fille erra dans toute la Grèce et se retrouva finalement, pauvresse, au temple de Vénus. La déesse vaniteuse lui fit subir toutes sortes d’épreuves dans lesquelles Psyché triompha chaque fois aidée par divers agents. Elle dû finalement enfermer une parcelle de la beauté de Perséphone dans une boite. Une fois cela fait, la jeune fille pensant retrouver ainsi un peu de grâce aux yeux de son amant ouvrit la boite et plongea dans un profond sommeil.

        Amour avait réussi à s’échapper du palais dans lequel sa mère Vénus l’avait enfermé. Il aimait toujours Psyché et la ranima du bout d’une de ses flèches. Il emmena ensuite sa bien-aimée auprès de Jupiter qui déclara publiquement le mariage des deux jeunes gens et offrit de l’ambroisie à Psyché, elle devient alors immortelle. Plus tard, celle-ci donna pour fille à Amour : Volupté.

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3 commentaires

  1. félicitations pour l’ensemble de ton blog… je te suis depuis peu et je trouve tes articles de qualité! J’édite moi aussi un blog depuis peu, n’hésite pas à venir me lire! ++ ZAK

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